Les crânes de cristal

Le mystere des cranes de cristal

L’histoire des crânes de cristal apparaît à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. Ces crânes taillés dans le quartz et d’une pureté remarquable font leurs apparitions à Londres, Paris et Washington. Ils auraient été découverts en Amérique centrale et pourraient avoir été façonnés par des civilisations précolombiennes, telles que les Aztèques ou les Mayas. On parle même de peuplades encore plus anciennes. Mais que signifient-ils ? D’où proviennent-ils ? Et comment d’antiques civilisations ont pu créer de tels artefacts aussi soignés et polis ?

La découverte

C’est en 1924 que la fille d’un explorateur anglais Anna Mitchell-Hedges découvre un crâne de cristal dans une cavité au sommet d’une pyramide Maya en plein cœur du Bélize. Après avoir dégagé et sécurisé le secteur, elle descend à l’aide d’une corde dans cette grotte et découvre un crâne de cristal d’une dizaine de centimètres d’une pureté impressionnante. Son père Frederik suppose qu’il s’agit d’un crâne utilisé dans les rites ésotériques par les prêtres Mayas. Il le surnomme le crâne du destin funeste, car il pense qu’il était utilisé pour faire mourir un individu lors d’incantations. EtonnementMitchell-Hedges ne publie pas la trouvaille et attend 1956 pour en faire mention dans son livre : « Danger in my ally », recueil de ses expéditions et notamment celle du Bélize.

Mitchell hedges

Le mythe

La sortie du livre fait ressortir un ancien mythe sur les 13 crânes de cristal qui avaient été disséminés sur la surface de la terre. Une fois réunis, les crânes ouvriraient une connaissance sur les origines de l’humanité et sur son avenir. Ils permettraient aussi le renouveau de la civilisation Aztèque et éviteraient la fin du monde.

Ce mythe a été enjolivé par la possibilité qu’ils auraient été façonnés par les extra-terrestres ou les Atlantes 17’000 ans avant notre ère. En fait l’histoire est un petit peu plus compliquée que cela, mais afin de ne pas tomber des explications difficiles à saisir, je ne me lance pas dans cette voie.

Autres crânes retrouvés

La parution du livre de Mitchell-Hedges va faire ressurgir la complémentarité avec deux autres crânes de cristal retrouvés et exposés à Londres et Paris. Celui de Paris fut offert par l’explorateur Pinart en 1883 au musée de l’Homme de Paris. Celui de Londres fut acheté par le British Museum à la boutique Tiffany’s de New York en 1898. Archéologues et chercheurs vont se pencher sur le sujet, mais déjà des doutes subsistent quant à l’authenticité du crâne retrouvé par Mitchell-Hedges. Ceux-ci trouvent curieux qu’il ait attendu plus de 30 ans avant d’exposer sa découverte. De plus, beaucoup s’étonnent que sa fille soit au cœur de cette trouvaille. Elle n’avait que 17 ans à l’époque, ce qui est très jeune pour partir à une chasse au trésor dans un milieu hostile tel que le Bélize, avec sa jungle, ses serpents, et autres animaux dangereux. De plus, Mitchell-Hedges a une étiquette de conteur qui mélange habilement faits réels et mythomanie.

Crâne de ParisCrâne de Londres

Le mythe se perpétue

A la mort de Mitchell-Hedges en 1959, sa fille Anna reçoit le crâne en héritage. Elle pense le vendre, mais avant toute chose, elle veut surtout obtenir l’authentification d’un expert confirmé, afin d’en retirer un maximum d’argent. Elle se rend aux Etats-Unis, mais décide de ne pas le vendre. Elle songe plutôt à sillonner le pays pour montrer l’objet si précieux, tout en ajoutant une belle fable à une histoire déjà compliquée. La publicité faisant le reste, cela lui permet d’avoir une vie confortable. Néanmoins des voix s’élèvent contre cette imposture. Certains affirment qu’elle n’avait jamais mis les pieds au Bélize avant 1927 et que son histoire ne tient pas debout.

Mitchell crane

Première expertise

Peut-être lasse de la publicité, des railleries et de sillonner le pays en long, en large et en travers, Anna laisse le soin à Frank Dorland d’étudier le crâne. Cet expert en cristal avec le concours du laboratoire Hewlett-Packard de Californie examine la pièce sous toutes ses coutures. Le problème avec le cristal, c’est qu’il est impossible de le dater avec du carbone 14, puisque le cristal n’en contient pas. De plus le tailler avec des outils modernes comme un laser, aurait laissé des traces visibles de cassures s’il n’est pas taillé correctement. N’oublions pas que le quartz est un des matériaux les plus solides de la planète. Dorland arrive donc avec la conclusion suivante : En l’absence de rayures significatives, le crâne a certainement été taillé avec du diamant, puis poli avec un mélange de sable et d’eau. Mais avec cette finition, il aurait fallu près de 150 ans à un homme pour arriver à cette perfection. Il semble bien que ce crâne soulève encore bien des mystères.

Période New Age et engouement pour les crânes

Evidemment au début des années 70, on se trouve en plein dans le mouvement hippie ainsi que dans celui du New Age, ce qui va considérablement augmenter l’attrait pour les crânes de cristal. Ces mouvances trouvent en ces artefacts un symbolisme qui entre en conformité avec leur idéologie. Ils voient en eux des possibilités de réponses et les considèrent comme des réceptacles de l’esprit. Pas étonnant donc que le mythe des crânes de cristal devienne de plus en plus à la mode pendant cette décennie.

New age

Un 4e crâne fait son apparition

Un 4e crâne fait son apparition en 1992 à la Smithsonian Institution de Washington. Celui-ci est beaucoup plus gros que les autres, puisqu’il pèse plus de 20kg. Ce don anonyme est juste accompagné d’une lettre indiquant qu’il fut acheté en 1960 au Mexique.

Smithsonian crane

Les scientifiques restent très perplexes concernant ce nouveau crâne, car il est beaucoup plus imposant que les autres. Si le mythe devait devenir réalité, comment se fait-il que ces quartz ne soient pas de la même taille. En règle générale, une réunion de plusieurs objets de nature similaire permettant l’accession à un secret ou une connaissance sont souvent de même taille et de même consistance. Or dans ce cas précis, ils sont tous différents.

Expertise de 1992

Devant le scepticisme des chercheurs et autres archéologues, la Smithsonian Institution décide de faire une expertise poussée et arrive à la conclusion que le crâne de Washington est un faux. Premièrement une datation sur l’hydratation du quartz permit de situer sa fabrication entre 1770 et 1920.  Deuxièmement, des traces microscopiques trop linéaires de polissage indiquent que le crâne a été poli mécaniquement et non manuellement. Il s’agit bien d’un faux, puisque les machines de polissage sont apparues bien après les civilisations Mayas ou Aztèques.

Tout s’écroule entre 1996 et 2004

C’est en 1996 qu’une partie de l’édifice mythique s’écroule avec les révélations d’une chercheuse de la Smithonian Institution. Elle a découvert que les deux crânes de Paris et Londres proviennent d’un antiquaire français du nom d’Eugène Boban, spécialisé dans les objets antiques mexicains. Un contrat de vente refait surface entre Boban et la boutique Tiffany’s de New York. Par la même occasion on retrouve également un contrat entre Boban et Pinart, celui-là même qui avait fait don de son acquisition au musée de Paris.

Boban

Boban se trouvait effectivement au Mexique dans la deuxième partie du 19e siècle. Connu pour ses acquisitions d’objets Mayas et Aztèques, il s’était fait un nom avec ses découvertes et proposait dans sa boutique parisienne toute une série d’antiquités authentiques auxquelles il mêlait habilement d’autres objets faux ou sans valeur. D’après certains récits, il avait dû quitter prématurément le Mexique, alors qu’il cherchait à vendre un de ces fameux faux crânes à un musée local. Seulement voilà, la supercherie n’avait pas fonctionné, puisque les mexicains savaient pertinemment que les Mayas et Aztèques ne sculptaient pas le cristal, étant donné que l’on ne trouve pas ce matériau dans cette région. C’est ainsi qu’il avait pu le fourguer à la boutique Tiffany’s de New York avant de revenir sur Paris.

Mais alors qui les a fait et pourquoi ?

C’est en 2004 que la solution tombe, lorsqu’un document atteste l’importation de bloc de cristal en provenance du Brésil et de Madagascar pour la région de Rhénanie en Allemagne. Il semblerait que les crânes aient été fabriqués dans cette région près d’un village du nom de Idar-Oberstein. Les artisans de ce village étaient reconnus pour leur technique de polissage et leur goût du secret. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on ne connait pas encore l’auteur et le lieu exact de la confection des crânes de cristal.

Idar oberstein 1

Le pourquoi de cette fabrication réside dans le fait qu’au 19e siècle et particulièrement dans la période victorienne, les crânes de toutes sortes étaient utilisés dans des séances de spiritisme ou d’occultisme. Ces pratiques très en vogue au 19eont ainsi favorisé la création d’objets symboliques de plus en plus réalistes et mystiques. Comme souvent les acheteurs préféraient garder l’anonymat, il fallait trouver des artisans qui étaient capables de garder le silence. C’est ainsi probablement que les crânes de cristal sont nés.

En 2010 le conservateur d’un musée de Mannheim en Allemagne a demandé la reproduction d’un fameux crâne de cristal pour son exposition sur le Culte des Crânes. En moins d’une année Michael Peuster, l’artisan, réussit à produire un crâne d’une parfaite exécution, similaire à celui de Mitchell-Hedges.

Culte des cranes

Le crâne de Mitchell-Hedges

Alors qu’en est-il du crâne découvert soi-disant par Mitchell-Hedges ? En fait, on a retrouvé un achat de crâne de cristal dans la maison de vente aux enchères Sotheby’s. La première vente en 1944 n’avait pas trouvé acquéreur, par contre en 1946 un client anonyme l’achète pour 400 livres. Et il semble bien que ce soit le fameux crâne de Mitchell-Hedges. Ce qui coïncide avec la parution de son livre 10 ans plus tard. De plus il a été formellement établi que Mitchell-Hedges était en quelque sorte employé par le British Museum en 1924, mais qu’il ne s’est pas rendu au Bélize à cette date-là. Par contre, il s’y est bien rendu en 1927 mais seul, et en aucun cas il y faisait mention de la découverte d’un crâne de cristal.

Epilogue

Malheureusement n’en déplaise aux adorateurs des crânes de cristal ou aux aficionados du mouvement New Age, ces crânes n’ont rien d’extraordinaire si ce n’est que leur fabrication artistique magnifiques. Ils ne proviennent pas de civilisation Mayas ou Aztèques, puisqu’on ne trouve pas de cristal dans la région. Ils ne viennent pas non plus d’une civilisation plus ancienne telle que les Atlantes ou n’ont pas été apportés par les extra-terrestres. Ces objets ont été créés au 19e siècle certainement en Allemagne.

Pour l’anecdote, sachez que l’explorateur Mitchell-Hedges a influencé Steven Spielberg pour la création de son héro Indiana Jones. D’ailleurs le dernier volet de la saga reprend justement le mythe des crânes de cristal.

Malgré la découverte de la supercherie, les crânes sont encore visibles au British Museum et de temps à autre au Musée du Quai Branly à Paris.

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