Les chasseurs de fantômes sont-ils vraiment des gens sérieux ?

Ghost hunter scifi

Source : http://www.slate.fr/

 

Les ghost hunters équipés de caméras et d’enregistreurs essayent de prouver que communiquer avec les fantômes est possible. Croire ou ne pas croire? Telle n’est plus vraiment la question. Pour les amateurs de frissons, cela procure des expériences audiovisuelles aux allures de plaisirs (plus ou moins) coupables.

Au 3e millénaire, croire en la possibilité de contacts avec des fantômes fait partie, avec la religion, la politique, les extraterrestres et les endroits des retraites d’Elvis Presley et de Kurt Cobain des sujets qui divisent le plus violemment. Et la faille entre les convaincus et ceux qui refusent toute éventualité n’est pas près de se refermer.

La technologie actuelle, pour un investissement non négligeable mais pas non plus pharaonique, permet pourtant à des milliers de personnes de chercher durant leur temps libre la preuve ultime que des esprits intelligents nous entourent. En 2012, la journaliste Sharon Hill (qui a d’ailleurs proposé une identité possible pour le pseudo-fantôme pris en photo à Amityville) a réalisé une étude pour Skeptical Inquirer, magazine destiné à éclairer le paranormal par des faisceaux de vraie science.

Elle a trouvé sur le Net la trace d’au moins 1.600 groupes amateurs américains et, depuis, ce nombre a forcément été dépassé.

«La chasse aux fantômes, c’est un peu comme le foot, tout le monde peut la pratiquer n’importe où, estime Benoît Illes, responsable éditorial sur Planète + A&E (groupe Canal Plus) et grand connaisseur de la chose paranormale télévisée. Il suffit d’une maison abandonnée ou d’un endroit où l’on dit qu’il se passe quelque chose…»

Un des plus anciens groupes américains, The Atlantic Paranormal Society, fondé en 1990, a quelque peu formaté la chasse en fantômes, surtout depuis qu’il a eu droit sur Syfy (US) à un programme, Ghost Hunters, et plus tard à des spin-off comme Ghost Hunter International.

Oubliez l’équipement folklorique de Ghostbusters: chez Ghost Hunters et leurs nombreux disciples plus ou moins assumés, on utilise la caméra infrarouge ou thermique, le «mel meter» (un détecteur de champ électromagnétique), un magnétophone digital. Avec les années, l’arsenal du chasseur de fantôme s’est agrandi avec l’Ovilus, un appareil électronique censé traduire les forces environnantes en mots pris dans une base de données (hum) ou la «Spirit Box» qui parcourt les ondes radios et fait entendre des voix via le bruit blanc. Tout ceci est désormais facilement trouvable (par exemple ici sur GhostStop) et permet à leurs utilisateurs de se draper dans une méthodologie scientifique.

ne version des choses battue en brèche par le journaliste Ben Radford dans la revue précitée Skeptical Inquirer. Et ses arguments tiennent autant la route que Ghost Rider, le héros de Marvel Comics qui partage son corps et sa moto avec l’esprit d’un démon.

En effet, peut-on prétendre respecter une démarche scientifique sans avoir aucun background en la matière? Le ressenti subjectif tient-il forcément de preuve? Que les enquêteurs n’arrivent pas à expliquer un phénomène signifie-t-il forcément qu’il est inexplicable? Pourquoi utiliser un matériel inadapté, pourquoi enquêter forcément dans le noir alors qu’observer serait plus simple avec de la lumière?

«Enquêter la nuit permet d’éviter les bruits ambiants du jour, explique Benoît Illes, mais le noir convient juste mieux à la dramatisation.»

Car oui, rappelons-le, Ghost Hunters, dix ans d’âge, est un show télé et si ses instigateurs démontent parfois certaines illusions et jeux de tuyauterie –à l’origine, Jason Hawes et Grant Wilson sont plombiers– ils cherchent à procurer du frisson et donc à ramener de l’étrange. Quitte à mettre en scène? C’est ce que leurs détracteurs avancent, en recréant de façon plus ou moins convaincante certaines situations.

N’empêche que cette forme noire saisie dans le couloir de l’Eastern State prison fait son petit effet, non ? Un effet que la très obscure reconstitution de sceptiques ne parvient pas à entamer.

Au final, il y aura toujours d’un côté les «croyants» et les autres. Benoît Illes annonce pour novembre prochain la diffusion sur Planet + A&E d’une série d’enquêtes qui pourraient instiller le doute. Dossier Paranormal sera consacré à des thèmes tels que les maisons hantées, les ovnis et le pouvoir, la sorcellerie ou l’alchimie. «Les chasseurs de fantôme représentent une goutte d’eau dans une grande thématique. Parfois, c’est un peu bizarre –par exemple, les alchimistes disent que le peuple de l’invisible existe– mais il s’agit juste des gens qui voient le monde différemment et trouvent des réponses à leurs besoins de spiritualité.»

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